éditorial
LE COURS DE LA RECHERCHE
Pour faire une bonne recherche biomédicale,
il faut certes des idées mais aussi des
structures et une organisation. Ces structures
correspondent de plus en plus à des "
instituts, centres ou pôles " de recherche
(peu importe le terme !). L’organisation
se fait en " équipes " où
se mélangent et " se parlent "
chercheurs, enseignants chercheurs, étudiants
et cliniciens. Ces équipes doivent donc
avoir un lien étroit avec des services
cliniques. Le tout vise à élaborer
et harmoniser les étapes scientifiques
(méthodologie, expériences, communication,
publication, valorisation) d’une recherche
qui peut être fondamentale, pré-clinique,
appliquée ou purement clinique. Vous y
ajoutez une relation forte avec la Direction de
la Recherche Clinique de votre centre hospitalier,
avec un Centre d’Investigation Clinique
s’il est présent et " l’alchimie
" est parfaite. Il ne faut surtout pas oublier
dans ce canevas la formation de nos jeunes médecins
" pour et par la recherche ". A côté
des structures de recherche, de cet environnement
scientifique et médical, il faut aussi
du " temps et de l’argent ". La
course aux crédits est d’autant plus
difficile que la tendance est à des demandes
importantes " multi-équipes "
réunie par une thématique forte
volontiers transversale. Ce dernier point est
important car il permet de s’intégrer
dans des projets nationaux et internationaux (notamment
européens) afin d’augmenter "
lisibilité et compétitivité
".
A cette configuration optimale, s’opposent
des mots qui fâchent : " désaffection
des jeunes pour les études et carrières
scientifiques, démographie médicale
à flux tendu, avenir incertain des jeunes
chercheurs en formation, paupérisation
de nos services en internes de spécialité
(Hépato-Gastroentérologie ou Chirurgie
Digestive), contraintes réglementaires
de la recherche clinique et enfin charges administratives
croissantes dans notre pratique médicale
quotidienne ". Il avait donc été
prédit que la recherche en Hépato-Gastroentérologie
devait fondre comme neige au soleil.
Hors cette année qu’avons-nous constaté
? Plus d’un tiers de projets de recherche
en plus soumis à l’évaluation
du fond de recherche 2004, augmentation de 10
% de la soumission des résumés aux
Journées Francophones de Pathologie Digestive
(indépendamment de la présence de
nos confrères pédiatres ou de la
tenue du CECED). Est-ce finalement le paradoxe
français ou un dernier sursaut avant que
la " machine ne s’arrête "
? Je choisis la première option et même
s’il ne s’agit peut être que
des " tendances ", j’aimerais
les garder comme des indicatifs optimistes. Il
faut certes augmenter notre présence scientifique
et notre quota de publications à l’échelle
internationale. A titre d’exemples, le livre
blanc avait fait état de 5 à 8 %
d’articles en provenance d’équipes
françaises parmi l’ensemble des publications
mondiales 1990-2000 en hépatologie. En
ce qui concerne la gastro-entérologie la
production scientifique française représentait
15% des publications européennes dont le
nombre était presque identique à
celui des publications nord-américaines.
Je vous rappelle aussi que ce même livre
blanc aborde les enjeux de notre spécialité
que je vais rapidement décliner et compléter.
Ces enjeux sont multiples et dans des domaines
variés au plan de la physiopathologie,
de l’épidémiologie, de la
thérapeutique et de l’évaluation
médico-économique. Les cancers digestifs
sont encore et toujours au centre de ces enjeux
avec la génomique, mais aussi, à
l’heure actuelle, la protéomique,
la pharmacogénétique, les biothérapies.
Dans le domaine de la nutrition le " NASH
" réclame modèles, données
physiopathologiques et traitement. Il en est de
même pour la fibrose et la carcinogenèse
hépatiques. Pour ce qui est des maladies
inflammatoires de l’intestin, à côté
de la génomique des phénomènes
inflammatoires, le nouveau défi que connaissent
nos confrères rhumatologues avec les anticorps
monoclonaux doit aussi nous concerner. Il y a
aussi la neurogastroentérologie, l’imagerie
endoscopique et bien d’autres terrains où
notre spécialité doit être
présente.
La SNFGE et ses sociétés soeurs
participent, vous le savez, à cet effort
en augmentant la dotation du Fonds de Recherche
et par le partenariat avec l’industrie privé
générateur de bourses de recherche.
Il y a aussi les interfaces que la société
maintient activement avec l’INSERM, l’ANAES,
l’AFSSAPS et bien d’autres structures.
Indépendamment de l’action de son
comité d’Interface avec la SNFGE
et l’AFEF, l’INSERM participe à
l’effort de recherche clinique grâce
à son soutien dans la constitution des
cohortes, aux actions thématiques concertées
et au travers de sa cellule de recherche clinique.
L’ensemble de ces partenariats vise à
augmenter notre " lisibilité "
tant au plan de la pratique professionnelle que
de notre activité de recherche. Il faut
donc continuer. Ceci dit, personne n’a dit
qu’il fallait s’arrêter…
Louis BUSCAIL
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