SNFGE

Allocutions Présidentielles

Allocution Presidentielle

du Professeur Pierre - Louis FAGNIEZ


2004

le 5 avril 2004 à Paris
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Mes chers collègues,

Le conseil d’administration de notre Société a, cette année, choisi de désigner comme Président un chirurgien et non, comme plus traditionnellement, un gastro-entérologue ou un hépatologue. La dernière expérience de ce genre remonte, déjà, au siècle dernier!

 

Ce vingtième siècle a formé l’image du chirurgien comme celle d’un être solitaire, prenant seul des décisions, prenant seul plaisir à l’acte opératoire, tentant parfois d’influer seul sur l’évolution de son lieu de travail. Bref, un être n’aimant rien tant que la compagnie d’un malade endormi, d’un anesthésiste effacé et d’assistants muets.

 

Je saisis la chance que vous me donnez, en m’offrant la présidence de notre société, pour évoquer avec vous le portrait du chirurgien de ce nouveau siècle, en tentant de vous persuader qu’il n’est pas un individu condamné à la solitude. Je veux vous convaincre que dans notre monde médical lancé à grande vitesse vers le futur il n’est point de salut dans la solitude, il n’y a d’avenir que dans l’ouverture.

 

Démographiquement, pourtant, l’incitation à la solitude est de plus en plus forte : nos spécialités sont depuis quelques années déjà frappées par une crise liée aux effets de la réduction, dans les années 80-90, du numerus clausus et au choix d’un nombre grandissant des internes pour les spécialités moins " pénibles ".

 

Pour remédier à cette pénurie, des mesures concrètes ont été prises dès 2003.

 

Alors que nous sommes moins nombreux, nos tâches quotidiennes sont de plus en plus lourdes. Jamais notre pratique quotidienne, jamais le monde médical, n’a été aussi bousculé par autant de contraintes techniques, éthiques, voire juridiques.

 

Au plan purement médical d’abord, nos spécialités ont, en vingt ans, connu de véritables révolutions.

 

Révolutions scientifiques et techniques dont le dénominateur commun, si nous ne devions n’en retenir qu’un, serait l’irruption dans notre métier, de l’image.

 

La coelioscopie a transformé la prise en charge des patients en imposant le concept de chirurgie dite mini invasive.

 

Parallèlement aux progrès des techniques d’endoscopie et d’imagerie, les avancées dans la connaissance des maladies inflammatoires et dans la prise en charge des cancers digestifs ont beaucoup modifié notre approche des pathologies et des patients.

 

Dans une part grandissante de leur exercice, les chirurgiens digestifs aujourd’hui, comme les endoscopistes, travaillent sur des images. La vue directe du champ opératoire, autrefois monopolisée par le seul opérateur, est partagée, grâce à l’écran, par tous ceux qui le souhaitent (sur place ou à distance), transformant le bloc opératoire en salle de projection. Dès lors, les praticiens ont la capacité de transmettre, de partager, d’échanger au moyen de ces images, en temps réel ou en temps différé, avec d’autres confrères leurs observations dans les meilleures conditions.

 

Dans leurs pratiques quotidiennes, chirurgiens et hépato-gastro-entérologues sont voués à travailler tous en semble avec une médiation de l’image avant et pendant, voire après, l’acte thérapeutique : l’exercice solitaire du chirurgien n’est définitivement plus d’actualité.

 

L’évolution permanente des connaissances et compétences a, au-delà de la pratique interdisciplinaire, rendu indispensable l’instauration d’une formation continue garantie pour tous les acteurs de santé.

 

Notre Société a toujours été pionnière dans ce domaine. Fort de notre expérience, celle de l’Association Nationale Française de Formation Continue en Hépato Gastroentérologie, nous devrons poursuivre dans la voie engagée et, le moment venu, envisager de nous intégrer au dispositif qui sera organisé par les instances compétentes. S’intégrer à ce dispositif, c’est pour les collègues que nous formerons, garantir la reconnaissance de la réalité de leur formation continue. Dans ce domaine aussi, il n’y a plus de place pour des praticiens isolés dans leur " tour d’ivoire ".

 

Sur ce point précis de la formation je tiens ici, à vous réaffirmer ma détermination et celle du bureau de la SNFGE (je parle ici sous le contrôle de notre excellent secrétaire général et en parfait accord avec le " past président " J. Faivre) à maintenir et améliorer l’organisation des séminaires d’automne de formation continue. Je tiens, à rendre hommage à M Barthet et JP Bronowicki en charge de l’organisation du prochain séminaire qui aura lieu à Paris à l’Hôtel Méridien Montparnasse en octobre prochain.

 

Chers collègues, il nous appartient d’assurer la promotion et donc la pérennité du formidable outil de FMC qu’est notre Journal GCB. Pour permettre l’augmentation de son impact factor et, partant, sa réelle survie, je vous rappelle que dorénavant tous les articles originaux publiés dans GCB seront systématiquement traduits en anglais. Parce qu’une réflexion identique a été conduite aux Annales de Chirurgie dont je dirige l’équipe de rédaction, je suis certain qu’il s’agit là d’un outil de promotion pertinent et d’une véritable incitation pour les auteurs à adresser leurs manuscrits à notre revue.

 

La formation continue, est d’autant plus importante qu’une autre révolution de nos professions est en marche : elle procède directement des patients qui réclament plus de dialogue, plus d’explications, plus de justifications des traitements et moyens diagnostiques employés. Je ne ferai pas usage, comme certains, du spectre de la judiciarisation voire de pénalisation de notre profession. Car, il me semble que la très grande majorité des contentieux trouvent leurs sources dans un manque de dialogue avec le patient. Pour autant, il est indéniable que notre vigilance accrue, encadrée d’ailleurs par la loi portant sur les droits du malade du 4 mars 2002, s’impose et que cela mobilisera désormais une part importante de notre temps d’activité. Là encore, la solution n’est pas dans la solitude du praticien mais dans l’échange et la collaboration. Echange renforcé avec le patient s’appuyant sur une collaboration étroite entre praticiens. La SNFGE l’a compris depuis longtemps. Très tôt, elle a travaillé sur l’information du patient, sur l’évaluation des pratiques cliniques et en se dotant d’un site Internet tourné vers les professionnels mais aussi vers le grand public. Site de communication dont l’éloge n’est plus à faire. Dans le même ordre d’idée, nous devons bien évidemment poursuivre notre collaboration avec l’ANAES qui a produit des résultats exemplaires pour la promotion de l’exercice d’une médecine basée sur les faits.

 

Au delà des évolutions de notre exercice professionnel quotidien, c’est l’ensemble du monde médical qui est à un tournant. Quels que soient nos spécialités ou nos statuts, universitaires, libéraux, ou salariés, nos modalités d’exercice ne seront demain plus les mêmes qu’hier et pour préparer ces mutations une fois encore la concertation la plus large s’impose.

 

Je voudrais, ici, attirer votre attention sur les défis de la réforme d’organisation du fonctionnement administratif de nos hôpitaux. Outre les aspects purement financiers du plan hôpital 2007, c’est à une nouvelle conception du fonctionnement de l’hôpital que nous devons nous préparer. L’unité de base du système hospitalier dans lequel nous avons vécu jusqu’ici, le service, a convenu parfaitement à l’épanouissement de nombre de nos collègues dans une optique d’hyperspécialisation. Aujourd’hui, des ensembles intra hospitaliers plus grands que les services, regroupant les moyens humains et techniques sont devenus indispensables. Il convient donc, pour obtenir une efficacité accrue et les économies d’échelle escomptées et attendues par nos gestionnaires, imaginer une nouvelle structure d’organisation de l’hôpital de demain. Le pôle est cette nouvelle unité de gestion à laquelle nous sommes tous désormais familiers. Direction administrative et médicale devront, à l’avenir, être associées à la tête de chaque pôle. Cette organisation s’inspire de celle existant déjà chez plusieurs de nos voisins européens mais, également dans notre pays, dans les hôpitaux du service de santé des armées et dans d’autres hôpitaux privés (à but non lucratif) participant au service public. A cet égard je vous cite l’exemple de l’Institut Mutualiste Montsouris que je trouve remarquable.

 

Cette nouvelle organisation administrative devra reposer sur une logique médicale et profiter avant tout à la dispensation de soins de haute qualité. Comment, alors, ne pas plaider pour le développement de pôles de pathologies digestives à l’instar de ce que nous avons fait, ensemble, pour l’enseignement à l’occasion de la dernière réforme du second cycle. Nous soignons les mêmes patients, partageons les mêmes connaissances et, confrontés aux complications de nos thérapeutiques, avons réciproquement besoin les uns des autres. Nous, chirurgiens digestifs, sommes bien plus proches de vous que d’un chirurgien d’une discipline " lointaine ". Ce qui nous importe le plus, c’est de pouvoir travailler dans les meilleures conditions pour le bénéfice prioritaire des patients ; ce n’est pas d’assurer la pérennité d’un territoire ou d’un nombre de lits caractérisant un service.

 

Je suis certain que notre Société a sa place dans l’établissement de cette nouvelle organisation hospitalière.

 

Ce décloisonnement dépasse largement la seule médecine hospitalière publique puisque demain, comme cela vient d’être démontré par la création d’un nouveau type de centre hospitalier à St-Tropez, services hospitaliers publics et privés pourront ainsi associer leurs missions au sein d’établissements relevant d’une nouvelle définition.

 

Pour achever la description de cet ensemble de mutations auxquelles il nous faut nous préparer, le dernier grand chantier en cours, et ce n’est pas le moindre, est la réforme de notre système d’assurance maladie. Il nous faut veiller à garantir sa portée universelle pour maintenir la possibilité de prise en charge de tous les citoyens. Il faut, pour cela, que le système soit fondé sur la solidarité, la justice, l’équité et la gestion paritaire: c’est l’enjeu de la réforme actuelle. Nous ne pouvons, bien évidemment, qu’y être attentifs alors même qu’elle est entrée dans sa seconde phase d’élaboration, celle du dialogue social et de la négociation.

 

Dans la cadre général de cette réforme, le dossier de la Classification Commune des Actes Médicaux est bien évidemment pour nous tous un sujet capital. Pour ce qui est de notre Société, je salue le travail effectué par les groupes dirigés par R Jian et P Hecketsweiler. Ils ont effectué un travail remarquable d’analyse et de concertation avec autant de détermination que de diplomatie.

 

Progrès techniques, formation continue, réforme de notre cadre d’exercice, voilà de quoi déjà occuper notre réflexion pour les réunions de travail que notre Secrétaire Général organise dans une atmosphère alliant rigueur et convivialité. Reste un point qu’il convient d’évoquer en raison de son importance pour l’avenir de nos jeunes collègues, donc de notre Société : la promotion de l’activité de recherche.

 

Pour la recherche notre Société a une histoire et une tradition. C’est dans cette tradition de démarche responsable et constructive que je souhaite inscrire notre action durant le mandat que vous m’avez confié. Parce que, nous l’avons vu, nous sommes, dans chacune de nos disciplines, de moins en moins nombreux, de plus en plus occupés, seul un nombre relativement faible de cliniciens, aujourd’hui, des équipes de recherche. Il est nécessaire que cette démarche soit encouragée et inscrite dans la durée. Je soutiens, par conséquent, vigoureusement l’idée de Christian Bréchot d’envisager la création d’emplois de chercheurs titulaires n’appartenant pas au statut hospitalo–universitaire, qui seraient de statut " chercheur – praticien hospitalier " de type CR-PH ou DRPH. Ce projet de nouveau statut mixte semble plus opportun que le cantonnement à temps plein de cliniciens dans des unités de recherche. L’investissement de Christian Bréchot sur ce point témoigne de la volonté de l’INSERM de développer la recherche clinique. Sous le contrôle de Lionel BUENO, personnellement en charge de ce dossier je rappelle, par ailleurs, l’existence du comité Interface associant INSERM, SNFGE et AFEF et je me réjouis que notre congrès profite cette année de l’apport du Club d’Etudes des Cellules Epithéliales Digestives ainsi que du Groupe Francophone d’Hépatologie Gastroentérologie et Nutrition Pédiatriques.

 

Mes chers collègues, pour réussir ensemble dans tous ces domaines, il va falloir travailler toujours davantage ensemble. Ensemble au sein de notre Société mais aussi ensemble bien au-delà de notre Société.

 

Au-delà cela signifie d’abord au-delà de la Méditérranée. C’est pour moi l’occasion de saluer chaleureusement notre invitée d’honneur la Société Marocaine des Maladies de l’Appareil Digestif et sa présidente N. Amrani.

 

 

Mais au delà, cela signifie bien évidemment aussi, de ce coté de la Méditerranée. Nous devons davantage nous tourner vers et travailler avec nos collègues et les sociétés savantes européennes. Notre Société, considérant cet objectif comme prioritaire, vient de se doter d’une force d’action pour renforcer cette ouverture. Je félicite J P Galmiche et J F Rey qui viennent d’accéder au conseil scientifique de l’UEGF et A Cortot qui succède à M Mignon pour nous représenter à l’UEMS. Ils pérennisent notre présence au sein des instances européennes. Un de nos objectifs est de multiplier notre présence aux congrès européens. C’est dans ce but qu’oeuvrent P Levy et E Dorval afin de susciter la participation de conférenciers et d’intervenants à ces congrès. C’est également dans ce but que JL Dupas stimule l’industrie pharmaceutique pour que les invitations aux praticiens se fassent à part égales entre congrès européens et nord américains.

 

Il est temps pour chacun d’entre nous, au quotidien, d’avoir conscience que nous sommes d’ores et déjà une composante d’un " monde médical européen " et nous comporter en conséquence. Il nous faut, sans doute, travailler au sein de la SNFGE au rapprochement des cursus médicaux pour tendre à plus long terme à une véritable harmonisation des diplômes.

 

Mes chers collègues, je ne vous cache pas, au terme de mon intervention devant vous, avoir parfois tiré une certaine jouissance de la solitude du chirurgien d’autrefois.

 

Mais aujourd’hui, j’espère à travers ces propos vous avoir persuadé qu’il n’est, dans ce monde, pour nos professions, pour notre Société, la SNFGE, de salut que dans le rassemblement de nos forces, l’union de nos compétences, l’ouverture vers d’autres disciplines et les confrères d’autres pays.

 

Pierre-Louis FAGNIEZ

 

 

 

Mars 2004

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