|
Chers Amis,
Tout d'abord, je mesure l'honneur qui m'est fait
d'avoir été élu Président
de notre Société. Je pense qu'à
travers moi c'est l'école dijonnaise d'hépato-gastro-entérologie
qui est reconnue. L'équipe que j'ai formée
avec Cl Klepping, qui a été Président
de notre Société en 1988, nous a
permis d'être des pionniers dans la recherche
épidémiologique et dans la recherche
clinique en cancérologie digestive. Cette
équipe s'est développée avec
le temps, avec sur le plan clinique P Hillon,
L Bedenne, C Michiels, A Minello et JL Jouve et
sur le plan épidémiologique C Bonithon-Kopp,
AM Bouvier, C Lejeune et
V Dancourt. Nous formons un groupe très
soudé pluridisciplinaire auquel on peut
rattacher l'équipe d'anatomopathologie
de
F Piard. J'ai une profonde admiration pour chacun
d'entre eux et je tenais à profiter de
l'occasion pour le dire et leur rendre hommage.
La relève est assurée. P Hillon
a pris le relais comme Chef de Service et Cl Bonithon-Kopp
comme responsable de l'équipe INSERM, me
permettant de me consacrer à d'autres responsabilités
et de mettre en application une idée que
je défends depuis longtemps : les fonctions
de responsabilité doivent tourner. L'usure
des années est une réalité
et une dizaine d'années dans des fonctions
de direction est en général une
bonne durée.
Je n'insisterai pas sur les activités
auxquelles participent la Société,
seule ou avec d'autres, qui fonctionnent pour
le mieux : les Journées Francophones continuent
d'être un succès (près de
4000 participants cette année), tout comme
les Journées Nationales de Formation Continue
à l'automne qui les précèdent
et le séminaire intensif de formation continue
connaît une forte fréquentation.
La participation de nos collègues Francophones
est de plus en plus importante. Nous en sommes
fiers et heureux. Je tiens à les saluer.
Le site Internet de la Société a
été modernisé et connaît
un succès considérable, que ce soit
auprès des professionnels ou auprès
du grand public. F. Tusseau et le Conseil Scientifique
ont fait un travail remarquable. Je vous invite
à le visiter. L'implication de la Société
dans la recherche est forte. Le Fonds de recherche
apporte un soutien significatif à nos équipes
(300 000 € en 2003). Il faut y ajouter les
prix et les bourses. Un partenariat constructif
avec l'industrie pharmaceutique permet ces activités.
Elle doit en être remerciée.
Je rappelle que l'adhésion à la
SNFGE est devenue facile. J'invite ceux d'entre-vous
qui ne sont pas encore membres à visiter
le stand de la Société. C'est important
pour que nous ayons du poids pour représenter
les gastroentérologues auprès des
autorités de tutelles. Je voudrais aussi
insister sur le fait que notre participation à
la Semaine Européenne est trop faible,
ce qui ne nous permet pas de compter au niveau
de l'Europe. A Cortot avait proposé d'envoyer
les communications acceptées pour les Francophones
pour le congrès européen, je reprends
cette idée.
Un dialogue permanent entre les différentes
sociétés savantes et toutes les
structures (y compris syndicales) concernées
par l'hépato-gastro-entérologie
est nécessaire pour confronter les idées
et harmoniser les points de vue. Ceci tient bien
sûr aux hommes. Les choses se déroulent
dans un excellent climat actuellement. Nous devons
avoir le souci de dialoguer pour rester unis.
Les problèmes ne manquent pas, il est donc
important que nous nous exprimions d'une seule
voix. Nous sommes confrontés aux négociations
sur les honoraires des spécialistes, la
difficile réforme de la nomenclature des
actes en hépato-gastro-entérologie,
au problème de la RTT dans les hôpitaux
et à celui de la démographie médicale.
Le bureau, autour de son dynamique et efficace
Secrétaire Général E Dorval,
s'attaque à tous ces problèmes.
Je ne les développerai pas, pour me consacrer
à un seul : la cancérologie digestive.
Cela fait très longtemps que j'essaie
de mobiliser la profession, avec un succès
médiocre. Mais je n'abandonne pas facilement
et je voudrais faire une nouvelle tentative. Dans
les années à venir, les cancers
digestifs vont occuper une place particulière
du fait de leur fréquence et de leur gravité
et des espoirs de changements à court terme
du fait de l'évolution rapide des traitements
et des possibilités de prévention
et de dépistage. Le problème est
d'importance. En 2000, il y a eu plus de 62 000
nouveaux cas, dont près de 60% étaient
des cancers colorectaux. Les cancers digestifs
restent graves : on ne guérit qu'un cancer
colorectal sur deux et moins de 10% des cancers
de l'œsophage, du foie ou du pancréas.
L'absence de spécificité des signes
cliniques et la place de l'endoscopie font que
les gastroentérologues sont incontournables
dans la phase de diagnostic des cancers digestifs.
Nous avons d'autres atouts. Nous avons des équipes
de recherche compétitives, aussi bien sur
le plan de la recherche fondamentale que de la
recherche clinique ou épidémiologique.
La profession, notamment grâce à
la mobilisation de la SNFGE, est en train de jouer
un rôle essentiel dans la mise en place
d'une politique de dépistage du cancer
colorectal. Mais la mobilisation est inégale
d'une région à l'autre. Les atermoiements
des pouvoirs publics ont pu décourager
certains. Nous avons mené un rude combat.
Plus de 20 départements ont ou sont sur
le point de démarrer le dépistage
par la recherche d'un saignement occulte dans
les selles. La mise en place du dépistage
organisé est une tâche lourde qui
demande 12 à 18 mois de préparation.
L'expérience prouve que les gastroentérologues
sont les mieux placés pour mobiliser les
médecins et les autorités sanitaires.
Il faut que, dans chaque département, vous
choisissiez deux ou trois d'entre-vous chargés
de former une équipe pluridisciplinaire,
en particulier avec les généralistes,
pour mettre en place le cahier des charges organisant
le dépistage. Les premières expériences
montrent que cela marche.
Malgré cette position privilégiée,
les gastroentérologues, que ce soit en
milieu hospitalier ou dans le secteur libéral
ont souvent renoncé à prendre en
charge les malades nécessitant un traitement
médical. Ceci tient probablement au manque
de formation de nombreux gastroentérologues.
On ne peut que déplorer notre manque de
clairvoyance et que si peu d'entre-nous se soient
formés. Il est vrai que jusqu'en 1990,
il n'y avait pas de traitement efficace, mais
depuis les choses ont rapidement évolué
et beaucoup ont manqué le train. Une enquête
coordonnée par L Bedenne à laquelle
60% des gastroentérologues ont répondu
(ce qui est une proportion élevée)
indique que plus de 80% des gastroentérologues
libéraux ne font jamais de chimiothérapie
et que dans près de 90% des cas ils confient
leur malade à un oncologue. Quel est l'avenir
d'une spécialité médicale
qui ne prend pas en charge le traitement de ses
malades? Je pense qu'il est encore temps pour
redresser la situation. Je rappelle que tous les
gastroentérologues peuvent pratiquer la
chimiothérapie à condition qu'ils
aient les connaissances suffisantes. Il est très
souhaitable, mais pas indispensable, d'avoir un
diplôme (DESC ou à défaut
DIU). Une décision thérapeutique
prise dans le cadre d'une réunion pluridisciplinaire
représente aussi une protection. Les gastroentérologues
se doivent de jouer un rôle moteur dans
la pluridisciplinarité et les réseaux.
Les jeunes gastroentérologues, à
la fin de leur formation ont dans beaucoup de
CHU (pas tous malheureusement) une solide formation
en cancérologie digestive et un DESC. Il
faut que le secteur libéral s'organise
autour de cette nouvelle génération
pour assurer la prise en charge des cancers digestifs.
Dans les CHU et les Hôpitaux Généraux,
il faut au moins un médecin titulaire dont
la crédibilité en cancérologie
digestive est reconnue. Cette stratégie
ne veut pas dire que nous sommes en opposition
avec les oncologues. Nous sommes complémentaires
et nous voulons seulement que notre capacité
à traiter les malades soit reconnue. Il
n'est pas si compliqué que cela d'utiliser
les drogues disponibles en cancérologie
digestive. Ne manquons pas l'opportunité
que représente le plan cancer du Président
de la République. Il prévoit, en
particulier, de revoir les critères de
pratique de la cancérologie par les spécialistes
d'organe pour une meilleure prise en charge des
malades.
Je vous souhaite à tous et à toutes
des Journées Francophones riches de connaissances,
d'échanges et de rencontres amicales.
Mars 2003
|