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Allocutions Présidentielles

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Allocution Presidentielle

du Professeur Daniel Dhumeaux

2000

le 20 mars 2000 à Nice

 


Merci, à tous, pour cette Présidence dont, bien sûr, je suis très flatté et très honoré à titre personnel. Mais je suis en même temps conscient que, plus encore qu'à ma personne, elle est un salut à l'hépatologie qui a connu un développement majeur ces dernières années. C'est un bonheur pour moi de savoir que Jean-Pierre Benhamou - qui a été à l'origine de tout - participe à ces Journées. Je voudrais lui exprimer devant vous toute mon estime et toute mon affection .


L'hépatologie et la gastroentérologie vont bien. Il est important de le dire - parce que c'est vrai - et facile de décliner tous leurs atouts (a). D'abord, ces Journées. On m'a fourni les chiffres il y a quelques minutes : nous sommes 2 472 personnes dans cette salle et il y a plusieurs centaines d'étrangers francophones, que je salue. C'est la manifestation européenne, en dehors du congrès européen, la plus importante. (b) La Formation. Notre discipline s'y est largement impliquée, notamment la formation continue, et je sais le succès de ces deux derniers jours, avec la participation déterminante de nos collègues libéraux. Je sais aussi le succès du Séminaire de Formation organisé chaque automne par la Société Nationale Française de Gastro-Entérologie. (c) Notre discipline, très axée vers le malade, est riche dans sa diversité et traite de pathologies lourdes. Elle est ainsi la plus importante en terme de séjours médicaux parmi l'ensemble des spécialités médicales. (d) Notre discipline s'est aussi grandement investie dans la recherche. C'est, je crois, la discipline aujourd'hui la plus forte en terme de recherche clinique. (e) L'hépatologie et la gastroentérologie se sont dotées d'un Journal. Il a fait récemment peau neuve, et je trouve que la peau est belle. Je remercie l'ensemble des rédacteurs présents, passés et futurs. Il leur faut accomplir une tâche considérable. Gastroenterologie Clinique et Biologique est l'un des deux journaux nationaux dont le facteur d'impact est le plus élevé : une référence ! (f) Enfin, un Secrétaire Général d'un dynamisme forcené, qui passe ses jours et - par indiscrétion - ses nuits à gérer la Société. On doit rendre hommage à Jean-François Bretagne pour tout le travail qu'il fait et pour l'organisation, notamment, de ces Journées.

Voilà pour les atouts ! Finies les palmes. Rien n'est jamais définitif.

Je suis, comme vous tous, préoccupé par les dérives comptables et technocratiques ; mais les mots, le vocabulaire (et tout ce qu'ils cachent) m'inquiètent aussi : risque zéro, responsabilité sans faute, aléa thérapeutique, pensée unique, bassin de vie et, le dernier né, panier de soins. On rêve ? J'ai entendu dire que le troisième millénaire serait dans les mains des scientifiques, plutôt que des politiques. Il n'y a que quelques mois à attendre... Et puis, il y a le souci de la visibilité de notre discipline. Quel déficit face au cancer, au coeur, à l'imagerie ! Il tient à une communication insuffisante auprès des medias, du grand public, des autorités sanitaires. Il nous faut corriger cela et je voudrais saluer à cet égard l'initiative de Jacques Fournet, de la création du "Livre Blanc". Vous avez tous entendu parler du "Livre Blanc". C'est une entreprise titanesque, mais réaliste. L'objectif est, dans l'année, de faire l'état des lieux de notre spécialité, en terme d'épidémiologie, prévalence, incidence, morbidité, mortalité des maladies digestives et hépatiques, de décrire nos composantes et nos fonctionnements en terme d'acteurs de santé, de structures, d'organisation, d'actes (techniques et intellectuels), et de s'inquiéter de l'adéquation entre l'offre de soins et les besoins. Des estimations prévoient, dans les 20 ans, des besoins de soins accrus de l'ordre de 25 %. On s'attend, bien entendu, à une augmentation parallèle des ressources. Elles vont diminuer...

Il faudra donc aussi, dans ce Livre, regarder le futur. En regardant un peu l'avenir, je vais prendre quelques risques, mais c'est mon rôle. Comment ne pas concevoir un profond bouleversement de notre spécialité dans les 10 ou 20 prochaines années ? Il suffit de regarder ce qu'on était il y a 10 ou 20 ans. Il est facile d'imaginer un développement majeur de la cancérologie digestive. Notre investissement en ce domaine est déjà important. Il va s'amplifier. Les populations vieillissent ; le cancer colorectal va rester le premier cancer dans les deux sexes et sans doute, avec l'accentuation du dépistage, le nombre de cas va s'accroître. Le cancer primitif du foie, du fait de l'épidémie d'hépatite C, va presque doubler dans les dix ans. Il est de notre intérêt d'anticiper tout cela. Certains l'ont déjà fait, plus en province qu'à Paris. Dès à présent il faut orienter la formation des plus jeunes vers la cancérologie digestive, et qu'ils acquièrent la compétence, l'expertise et l'accréditation, nationale et européenne. Je prédis qu'il y aura dans les années à venir, au moins un hépato-gastroentérologue cancérologue dans chacun des services hospitalo-universitaires, dans chacun des services des hôpitaux généraux, et probablement dans chacun des grands cabinets libéraux.

Il y a une inquiétude s'agissant de l'endoscopie virtuelle. Pour peu qu'on s'y prépare, je ne vois pas réellement où sera le souci. Ce qui a été fait récemment par la Société Française d'Endoscopie Digestive me paraît exemplaire, avec un rapprochement et des projets d'actions conjointes avec la Société de Radiologie. Dans les années qui vont suivre, nous devons prévoir une diminution de l'endoscopie diagnostique (mais ce n'est pas sûr). Eventuellement favorisée par l'endoscopie virtuelle, la très grande progression de l'endoscopie interventionnelle est, elle, une certitude. Il faut anticiper cela.

Notre investissement dans la Formation a été important. Il nous faut poursuivre et aussi nous interroger sur l'enseignement des plus jeunes. Lorsque le Premier Ministre a clos les Etats Généraux de la Santé en juin 1999, il a dit que la médecine demain sera plus humaniste et moins technologique. Je ne pense pas qu'elle sera moins technologique ; elle sera, j'espère, moins technocratique (peut-être était-ce un lapsus ?). Plus humaniste ? C'est un chemin à suivre. Les moyens de communication actuels ont tendance à nous éloigner des personnes que l'on soigne. Il faudra, sans doute très vite, ré-apprendre aux futurs médecins à écouter, à examiner, à se rapprocher de leurs malades. La dérive actuelle est préoccupante.

La Recherche. Nous avons une recherche clinique très active. Elle doit évoluer. On va entrer, on est déjà entrés, dans l'ère de la biologie interventionnelle : thérapie génique, thérapie cellulaire. Notre recherche demain devra être aussi plus coopérative : nous l'avons vu dans l'exposé de Jean-François Fléjou, elle est aujourd'hui trop souvent monocentrique. Je la souhaite également plus épidémiologique et mieux diffusée à l'échelon international, avec un tant soit peu plus d'agressivité à cet égard. Je suis heureux que cette recherche ne se limite pas au milieu hospitalo-universitaire : il faut à ce titre saluer dans notre discipline la participation très importante des hôpitaux généraux et des libéraux. Recherche d'amont : globalement plus préoccupante. Nous avons été brillants ; nous le sommes moins. Il faut réactiver la recherche d'amont. Beaucoup pensent, et je suis avec eux, que c'est un enjeu fondamental du versant universitaire de notre profession. Il n'y a pas de recherche clinique sans recherche d'amont... qui nourrit la recherche clinique. Profitons d'une situation favorable. Partout où sont implantées des unités de recherche, les chercheurs souhaitent se rapprocher des cliniciens. Aux cliniciens d'aller vers eux ...

J'en ai fini. Je voudrais remercier celles et ceux qui se sont impliqués dans la préparation et l'organisation de cette rencontre et vous souhaiter à tous de belles, savantes et ensoleillées, Journées Francophones 2000.

 

mars 2000

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