|
Merci, à tous, pour cette Présidence dont, bien
sûr, je suis très flatté et très honoré à titre
personnel. Mais je suis en même temps conscient
que, plus encore qu'à ma personne, elle est
un salut à l'hépatologie qui a connu un développement
majeur ces dernières années. C'est un bonheur
pour moi de savoir que Jean-Pierre Benhamou
- qui a été à l'origine de tout - participe
à ces Journées. Je voudrais lui exprimer devant
vous toute mon estime et toute mon affection
.
L'hépatologie et la gastroentérologie vont
bien. Il est important de le dire - parce que
c'est vrai - et facile de décliner tous leurs
atouts (a). D'abord, ces Journées. On
m'a fourni les chiffres il y a quelques minutes
: nous sommes 2 472 personnes dans cette salle
et il y a plusieurs centaines d'étrangers francophones,
que je salue. C'est la manifestation européenne,
en dehors du congrès européen, la plus importante.
(b) La Formation. Notre discipline s'y
est largement impliquée, notamment la formation
continue, et je sais le succès de ces deux derniers
jours, avec la participation déterminante de
nos collègues libéraux. Je sais aussi le succès
du Séminaire de Formation organisé chaque automne
par la Société Nationale Française de Gastro-Entérologie.
(c) Notre discipline, très axée vers
le malade, est riche dans sa diversité et traite
de pathologies lourdes. Elle est ainsi la plus
importante en terme de séjours médicaux parmi
l'ensemble des spécialités médicales. (d) Notre
discipline s'est aussi grandement investie dans
la recherche. C'est, je crois, la discipline
aujourd'hui la plus forte en terme de recherche
clinique. (e) L'hépatologie et la gastroentérologie
se sont dotées d'un Journal. Il a fait
récemment peau neuve, et je trouve que la peau
est belle. Je remercie l'ensemble des rédacteurs
présents, passés et futurs. Il leur faut accomplir
une tâche considérable. Gastroenterologie Clinique
et Biologique est l'un des deux journaux nationaux
dont le facteur d'impact est le plus élevé :
une référence ! (f) Enfin, un Secrétaire
Général d'un dynamisme forcené, qui passe
ses jours et - par indiscrétion - ses nuits
à gérer la Société. On doit rendre hommage à
Jean-François Bretagne pour tout le travail
qu'il fait et pour l'organisation, notamment,
de ces Journées.
Voilà pour les atouts ! Finies les palmes.
Rien n'est jamais définitif.
Je suis, comme vous tous, préoccupé par les
dérives comptables et technocratiques ; mais
les mots, le vocabulaire (et tout ce qu'ils
cachent) m'inquiètent aussi : risque zéro, responsabilité
sans faute, aléa thérapeutique, pensée unique,
bassin de vie et, le dernier né, panier de soins.
On rêve ? J'ai entendu dire que le troisième
millénaire serait dans les mains des scientifiques,
plutôt que des politiques. Il n'y a que quelques
mois à attendre... Et puis, il y a le souci
de la visibilité de notre discipline. Quel déficit
face au cancer, au coeur, à l'imagerie ! Il
tient à une communication insuffisante auprès
des medias, du grand public, des autorités sanitaires.
Il nous faut corriger cela et je voudrais saluer
à cet égard l'initiative de Jacques Fournet,
de la création du "Livre Blanc". Vous avez tous
entendu parler du "Livre Blanc". C'est une entreprise
titanesque, mais réaliste. L'objectif est, dans
l'année, de faire l'état des lieux de notre
spécialité, en terme d'épidémiologie, prévalence,
incidence, morbidité, mortalité des maladies
digestives et hépatiques, de décrire nos composantes
et nos fonctionnements en terme d'acteurs de
santé, de structures, d'organisation, d'actes
(techniques et intellectuels), et de s'inquiéter
de l'adéquation entre l'offre de soins et les
besoins. Des estimations prévoient, dans les
20 ans, des besoins de soins accrus de l'ordre
de 25 %. On s'attend, bien entendu, à une augmentation
parallèle des ressources. Elles vont diminuer...
Il faudra donc aussi, dans ce Livre, regarder
le futur. En regardant un peu l'avenir, je vais
prendre quelques risques, mais c'est mon rôle.
Comment ne pas concevoir un profond bouleversement
de notre spécialité dans les 10 ou 20 prochaines
années ? Il suffit de regarder ce qu'on était
il y a 10 ou 20 ans. Il est facile d'imaginer
un développement majeur de la cancérologie digestive.
Notre investissement en ce domaine est déjà
important. Il va s'amplifier. Les populations
vieillissent ; le cancer colorectal va rester
le premier cancer dans les deux sexes et sans
doute, avec l'accentuation du dépistage, le
nombre de cas va s'accroître. Le cancer primitif
du foie, du fait de l'épidémie d'hépatite C,
va presque doubler dans les dix ans. Il est
de notre intérêt d'anticiper tout cela. Certains
l'ont déjà fait, plus en province qu'à Paris.
Dès à présent il faut orienter la formation
des plus jeunes vers la cancérologie digestive,
et qu'ils acquièrent la compétence, l'expertise
et l'accréditation, nationale et européenne.
Je prédis qu'il y aura dans les années à venir,
au moins un hépato-gastroentérologue cancérologue
dans chacun des services hospitalo-universitaires,
dans chacun des services des hôpitaux généraux,
et probablement dans chacun des grands cabinets
libéraux.
Il y a une inquiétude s'agissant de l'endoscopie
virtuelle. Pour peu qu'on s'y prépare, je ne
vois pas réellement où sera le souci. Ce qui
a été fait récemment par la Société Française
d'Endoscopie Digestive me paraît exemplaire,
avec un rapprochement et des projets d'actions
conjointes avec la Société de Radiologie. Dans
les années qui vont suivre, nous devons prévoir
une diminution de l'endoscopie diagnostique
(mais ce n'est pas sûr). Eventuellement favorisée
par l'endoscopie virtuelle, la très grande progression
de l'endoscopie interventionnelle est, elle,
une certitude. Il faut anticiper cela.
Notre investissement dans la Formation a été
important. Il nous faut poursuivre et aussi
nous interroger sur l'enseignement des plus
jeunes. Lorsque le Premier Ministre a clos les
Etats Généraux de la Santé en juin 1999, il
a dit que la médecine demain sera plus humaniste
et moins technologique. Je ne pense pas qu'elle
sera moins technologique ; elle sera, j'espère,
moins technocratique (peut-être était-ce un
lapsus ?). Plus humaniste ? C'est un chemin
à suivre. Les moyens de communication actuels
ont tendance à nous éloigner des personnes que
l'on soigne. Il faudra, sans doute très vite,
ré-apprendre aux futurs médecins à écouter,
à examiner, à se rapprocher de leurs malades.
La dérive actuelle est préoccupante.
La Recherche. Nous avons une recherche clinique
très active. Elle doit évoluer. On va entrer,
on est déjà entrés, dans l'ère de la biologie
interventionnelle : thérapie génique, thérapie
cellulaire. Notre recherche demain devra être
aussi plus coopérative : nous l'avons vu dans
l'exposé de Jean-François Fléjou, elle est aujourd'hui
trop souvent monocentrique. Je la souhaite également
plus épidémiologique et mieux diffusée à l'échelon
international, avec un tant soit peu plus d'agressivité
à cet égard. Je suis heureux que cette recherche
ne se limite pas au milieu hospitalo-universitaire
: il faut à ce titre saluer dans notre discipline
la participation très importante des hôpitaux
généraux et des libéraux. Recherche d'amont
: globalement plus préoccupante. Nous avons
été brillants ; nous le sommes moins. Il faut
réactiver la recherche d'amont. Beaucoup pensent,
et je suis avec eux, que c'est un enjeu fondamental
du versant universitaire de notre profession.
Il n'y a pas de recherche clinique sans recherche
d'amont... qui nourrit la recherche clinique.
Profitons d'une situation favorable. Partout
où sont implantées des unités de recherche,
les chercheurs souhaitent se rapprocher des
cliniciens. Aux cliniciens d'aller vers eux
...
J'en ai fini. Je voudrais remercier celles
et ceux qui se sont impliqués dans la préparation
et l'organisation de cette rencontre et vous
souhaiter à tous de belles, savantes et ensoleillées,
Journées Francophones 2000.
mars 2000
|