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Les quatre vertus cardinales
- Prudentia :
le sens du possible
- Justicia : le
sens du juste et du bon
- Fortitudines
: le sens du tout, de la cohérence
- Temperentia
: le sens des limites
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Monsieur le Modérateur, chers
Confrères,
Permettez-moi tout d'abord de vous souhaiter
d'excellentes Journées Francophones.
Je suis donc le dernier Président
de la Société Nationale Française
de Gastro-entérologie du siècle
finissant. C'est un honneur d'être Président
de cette Société ; j'ai le sentiment
de ne pas mériter tant d'honneur, pas
plus toutefois, que je n'aurai ressenti tant
d'indignité à ne pas l'être...
Le Secrétaire Général
gère la Société. Nous
avons la chance, une fois de plus, d'avoir
en la personne de Jean-François BRETAGNE
un excellent Secrétaire Général
qui dirige notre Société à
la fois avec intelligence, ouverture d'esprit
et la rigueur nécessaire. Il mérite
notre estime ; je suis heureux de lui rendre
hommage, ainsi qu'au Bureau qui l'entoure.
Je conçois le rôle du Président
comme celui d'un homme, avancé déjà
dans sa carrière, susceptible de porter
un regard un peu neuf sur la Société
pendant l'année de Vice-Présidence
qui précède son élection,
tant à la faveur d'une expérience
clinique et scientifique acquise dans notre
discipline que, pour ma part en tous cas,
dans le domaine de la gestion universitaire.
Il a donc vocation à participer à
la réflexion, contribuer à tracer
quelques directions et mettre en perspective
quelques projets.
Mes chers Confrères, notre Société
est forte. Elle peut le devenir davantage
: il y a pour cela une condition basale :
celle d'être, de plus en plus, la
Société de tous, la somme
des compétences et des dynamismes de
chacun quelle que soit sa mission, quelle
que soit sa modalité d'exercice, ceci
dit sans rhétorique, rhétorique
sans angélisme, ni fausse naïveté
quant à nos comportements respectifs
tout simplement bien humains.
Avant de faire, en ce sens, quelques propositions,
il m'appartient de dresser le bilan des avancées
de la Société.
Les Journées Francophones de Pathologie
Digestive constituent le temps fort de
l'année. L'organisation et la qualité
scientifique connaissent une amélioration
constante. Des thèmes centrés
sur les pratiques coexistent avec les exposés
de recherche "clinique et préclinique".
Il est important pour chacun de pouvoir
faire des choix : les choix ne sont possibles
qu'avec une certaine richesse et un certain
niveau. Mieux qu'un long discours : 3700
inscrits au CNIT à Paris l'an passé
!!! Il faut à l'évidence poursuivre...
Il n'est pas souhaitable de séparer
la recherche et la mise à niveau de
chacun d'entre-nous : une formation, fut-elle
continue, ne doit pas être séparée
de façon taylorique de la recherche
; non renouvelée par la recherche ou
isolée d'un contexte scientifique,
tôt ou tard elle devient une formation
sous-développée : j'ai d'ailleurs
constaté, au fil des années,
combien nos confrères libéraux
ou praticiens des hôpitaux généraux,
légitimement plus préoccupés
d'aspects pratiques, étaient sensibles
à l'innovation, même parfois
très ponctuelle, pour l'introduire
dans leur culture et leur exercice. Il n'y
a pas d'innovation, sans créativité,
donc sans recherche. Le Fonds de Recherche
de la Société, sous l'égide
de P. Rampal, puis de R. Jian, continue à
soutenir cet effort.
La Formation Médicale Continue,
obligatoire ou non, est l'affaire de chacun
d'entre nous. Par mission, les universitaires
ont un rôle naturel. Ils ne peuvent
toutefois en revendiquer le monopole. Il faut
surtout admettre que tout médecin qui
assiste à des journées de formation
vient riche d'expériences, de compétences
et que la confrontation, même rude,
est aussi une nécessité. La
structuration de la Formation Médicale
Continue dans notre discipline et les Présidences
successives de F Vicari et de J Frexinos ont
concrétisé cette tendance. Outre
le Séminaire de Formation, la Société
met à disposition des documents de
qualité : films, CD Rom, cas cliniques
sur site Internet. Il est dans l'ambition
du Bureau de poursuivre un effort important,
dès cette année, pour diversifier
la documentation professionnelle, y
compris par modalités interactives,
sur Internet, à disposition
de tous. Le syllabus du Séminaire
de Formation continue est d'une remarquable
qualité. Gastroentérologie
Clinique et Biologique réserve
maintenant, au sein d'un numéro sur
deux, une place importante à cette
formation. Notre revue, grâce notamment
à l'effort de P. Ruszniewski, a vu
monter son facteur d'impact ; notre journal
se classe ainsi en tête des revues spécialisées
françaises, résultat d'une sélection
sévère des articles originaux.
Dans le domaine professionnel, celui de chacun
d'entre nous, la société a acquis
une nouvelle dimension dans le cadre du système
qualité et de l'évaluation.
Nous vivons, chacun le sait, à l'ère
des paradigmes de la qualité, de la sécurité,
du risque nul et du coût qu'on nous demande
de faire coïncider au sein d'une société
radieuse et cristalline ; on peut ainsi traduire
: faire bien au premier coup, à tous les
coups et au moindre coût ! La démarche
qualité entre encore, au moins officiellement,
dans les tentatives de contrôle médicalisé
des coûts, si tant est qu'elle serve encore
de substitut à un étranglement programmé.
On ne peut nier, toutefois que l'acquisition rapide
des connaissances, de techniques nouvelles, de
nouveaux médicaments, le risque nosocomial,
la complexification de la pratique médicale,
qui fait souvent intervenir plusieurs acteurs
médicaux et para-médicaux, peuvent
être à l'origine d'une disparité
non acceptable des pratiques et de dysfonctionnement,
graves par insuffisance, erreur ou aléa...
La France avait du retard dans la mise à
niveau d'un système qualité qui
repose avant tout sur une tradition écrite,
contractuelle, d'origine anglo-saxonne. Il
fallait avancer ; prenons garde toutefois à
une marche forcée qui aboutirait à
la montée d'un formalisme textuel
et laisserait persister les risques. A la montée
en puissance et au parcours obligé d'une
certaine normalisation, la Société
ne peut répondre que de façon partielle.
Elle a su cependant se montrer efficace pour aider
l'ensemble des professionnels de la spécialité
:
- 4 conférences de consensus en 4 ans
- publications récentes de plusieurs
recommandations de pratiques cliniques
- mise en place sous l'impulsion de M. Amouretti,
d'un Fonds d'Aide à l'Evaluation de
la Qualité des Soins largement ouverts
à la participation de tous.
- constitution d'un thésaurus des diagnostics
sous l'égide de R. Jian.
Il faut indiscutablement répondre
à ces nouveaux besoins professionnels,
et les bien traiter ; il importe toutefois
d'être très clair sur le rôle
de la Société : il n'y a ici
la place pour aucune appréciation d'ordre
moral sur la pratique de telle ou telle modalité
d'exercice ; l'éthique de qualité
n'est pas une valeur transcendante, elle est
affaire de société civile et
de responsabilité individuelle. Il
y a certes des excès : ils ne sont
pas forcément le fait d'une catégorie
médicale. Prenons garde aussi à
ce que la recherche en évaluation ne
se substitue pas à la recherche
médicale scientifique.
Nombre de ces réalisations ne sont
possibles que grâce à un partenariat
industriel fort qui s'exprime tant au niveau
de la recherche que de la formation ; que
l'on imagine un instant le devenir de la Société,
de nos sociétés, si d'aventure
par des décisions politiques ou des
contraintes financières excessives,
ce partenariat venait à disparaître.
Je livre cette éventualité simplement
quelques instants à votre réflexion...
Ainsi notre Société est-elle
devenue une Société scientifique
et professionnelle. Cette dénomination,
qui doit se substituer au qualificatif désuet
de "société savante", implique
une conviction et un choix. La conviction
est celle que la Société est
celle de l'ensemble des hépato-gastroentérologues,
le choix est l'affirmation du maintien de
sa culture scientifique qui imprime un sens,
une direction sans laquelle la diversité
l'emporterait sur la cohérence.
Je souhaite maintenant développer
devant vous quelques orientations :
Au niveau de la structure de la Société
tout d'abord : l'évolution de la dénomination
implique qu'une place plus importante soit
faite au Conseil d'Administration, dans les
responsabilités de direction et de
gestion, aux hépato-gastroentérologues
libéraux et aux praticiens des hôpitaux
généraux. Cette action doit
être franche et significative.
Au niveau de la politique scientifique
: si la physique, la chimie, les mathématiques
appliquées à l'informatique
ont été les sciences de bases
du XXème siècle, la biologie
sera sans doute la science dominante du XXIème.
Certes, jusqu'à ce jour, l'approche
très fondamentale n'a pas souvent fourni
les clés de la thérapeutique
médicale. Néanmoins l'essor
des biotechnologies, issues en droite
ligne de la biologie moléculaire, prépare
la biomédecine de demain avec des cibles
thérapeutiques beaucoup plus précises
et nombreuses. Déjà grâce
aux progrès conjugués de la
microchimie, microphysique et microinformatique
des prototypes d'appareillage permettent l'étude
simultanée de la transcription de très
nombreux gènes sur un même fragment
tissulaire (transcriptome) ou de protéines
(protéome). On mesure ce que ces hautes
technologies peuvent apporter dans un proche
futur à la recherche, notamment en
cancérologie, ou dans le champ des
maladies inflammatoires et métaboliques.
A ce titre, plusieurs Présidents ont
regretté l'échec des tentatives
de faire venir ou revenir des chercheurs
vers la Société. Nos efforts
ou incantations serviront peu : la seule possibilité
réelle aujourd'hui est l'opportunité
créée par l'infléchissement
de la politique de l'INSERM dans le contexte
d'accord cadre, Université-Ministère-INSERM
et INSERM-CHU. Il faut profiter de cette évolution
pour mettre en place des stratégies
de site, multidisciplinaires, rassemblant
cliniciens et chercheurs : il importe de concentrer
les efforts de façon concrète
sur des pathologies : hépatites
ou maladies inflammatoires, cancers ou bien
d'autres... Si l'on arrive à faire
porter l'effort contractuel sur des pathologies,
alors les chercheurs reviendront dans le domaine
médical : leur intérêt
sera respecté. La mobilisation doit
donc être locale dans universités
et CHU. La société, quant à
elle, ne peut porter cet effort avec résolution
qu'au niveau des Comités d'Interface.
Elle doit défendre cette richesse en
amont.
De façon plus immédiate, l'imagerie
médicale et microscopique reste
à la base du diagnostic en pathologie
digestive ; l'endoscopie est à l'origine
de très nombreux progrès
thérapeutiques. L'endoscopie
virtuelle, en attendant la microrobotique,
progresse : elle pourrait être bientôt
un challenge pour le diagnostic, peut-être
pour le dépistage. Elle sera certes
un bénéfice pour la formation
au diagnostic et à la thérapeutique
par la simulation et/ou par le conseil à
distance. Elle ne remplace pas, dans l'immédiat,
le prélèvement, moins encore
le traitement. Il nous faut donc encourager
les nouvelles technologies d'imagerie, le
fort grossissement, la haute résolution
: les lésions planes existent, les
foyers de cryptes aberrants peuvent être
à l'origine des adénomes et
cancer. Une recherche clinique de qualité,
en plein accord avec la Société
d'Endoscopie, doit être en France revalorisée.
Au niveau de la politique internationale,
la Société accorde ses priorités
à l'espace francophone. Cette
détermination est louable, compte tenu
des liens culturels et scientifiques existants.
Il est nécessaire aujourd'hui d'aller
plus loin. Que l'on s'inscrive dans l'eurobéatitude,
l'eurodiversité ou l'euroréalisme,
le développement de l'espace européen
est un mouvement irrépressible. La
présence française est insuffisante.
Certes, JP Galmiche est Président de
l'EAGE et l'action d'un petit nombre de personnalités
dynamiques, MA Bigard, JF Rey, ne suffit pas.
Au niveau du vaste ensemble de la pathologie
digestive, qui réunit plusieurs disciplines,
l'Europe se constitue, avec difficultés
certes, sous l'emprise de fortes personnalités.
Elle ne peut se faire sans une participation
importante des Français. Il faut, sans
doute, diminuer la vague déferlante
vers l'AGA et être beaucoup plus nombreux
au Congrès Européen.
Il faudrait que dans les différentes
sociétés soeurs, les français
soient présents dans les Conseils d'Administration,
dans les comités d'édition et
de lecture des journaux, plus présents
également au cours européen
post-gradué, et enfin que nous publions
davantage, à facteur d'impact égal,
dans des revues européennes, notamment
celle de l'EAGE. L'obstacle principal à
cet enjeu reste encore la langue. Certes,
nous publions largement en langue anglaise,
mais l'anglais médical nous est vite
familier : le latin fut longtemps la langue
des sciences et de leurs diffusions : il en
reste les racines dans le vocabulaire anglais.
Pour être présent dans les structures
de décision, pour établir des
liens de convivialité, l'anglais médical
ne suffit plus et nombres d'entre nous ne
sont pas assez performants.
Au niveau de l'impact de la pathologie
digestive enfin, malgré sa fréquence,
ses différents acteurs et compétences,
cette pathologie n'est probablement pas suffisamment
connue ou reconnue. Dans le domaine médical,
il n'y a certes pas d'effet propriétaire
à développer, mais il est légitime,
dans une ère de communication, de faire
savoir et reconnaître nos réalisations,
en précisant clairement qu'une Société
scientifique et professionnelle n'a pas le
rôle d'un syndicat.
La pathologie digestive est sous-estimée
du grand public, probablement parce qu'elle
fait appel à des représentations
symboliques, moins nobles que le coeur ou
le cerveau. Pour les autorités sanitaires,
le tube digestif et le foie sont des organes
qui ne vieillissent pas. Le tube digestif
haut a perdu, avec le meilleur contrôle
thérapeutique des pathologies liées
à l'acide, une partie de son appartenance
à la spécialité. Il reste
néanmoins de grands secteurs de Santé
auxquels participe notre discipline. Sans
les citer tous et à côté
notamment des grands problèmes des
hépatites virales, la cancérologie
digestive est encore un domaine où
il faut affiner nos compétences. Je
tiens à remercier J Faivre. L'immense
domaine de recherche d'épidémiologie
descriptive et interventionnelle, de coordination
d'essais thérapeutiques qu'il a développé
avec son équipe, les résultats
obtenus, leur portée en santé
publique, le très bon niveau clinique
de la Fondation Française de Cancérologie
Digestive, filiale de notre Société,
donnent une audience et une aura toute particulière
à l'hépato-gastroentérologie.
Plusieurs équipes nationales ont porté
leur intérêt à la nutrition
; il ne faut pas négliger aussi
la diététique, secteur d'activité
encore sous-développé en France.
Il faut, dans ces activités plus
transversales qui décloisonnent
la spécialité d'organe, faire
valoir nos compétences, donner des
spécificités à nos jeunes
confrères dans la formation initiale
spécialisée comme dans le formation
continue : R. Colin, Président de la
Collégiale des universitaires, donne,
ce jour même, une conférence
sur la place de la cancérologie dans
notre discipline.
Dans cette perspective, nous devons encourager
la recherche épidémiologique.
Il s'agit ainsi, en toute rigueur scientifique,
de marquer davantage notre champ
d'action, qu'il s'agisse, entre autres,
des troubles fonctionnels digestifs, des maladies
inflammatoires de l'intestin, de la pathologie
liée à l'alcool, des toxicités
médicamenteuses ; les données
épidémiologiques sont indispensables
à l'enseignement, source d'hypothèse
pour la recherche et d'orientation pour la
santé publique. Un appel d'offres
exceptionnel sera lancé par la
Société pour financer cette
recherche au niveau d'observatoires ou de
registres, recherche qui doit être particulièrement
indiscutable sur la méthode et la faisabilité.
Vous en percevez sans doute l'intérêt
collectif. Des actions de communications seront
également mises en place pour restaurer
l'image de notre discipline, compte tenu de
la fréquence de sa pathologie, de sa
gravité, de son retentissement sur
la vie de nos concitoyens et de l'effort scientifique
important qui y est déployé.
L'hépato-gastroentérologie est
une discipline clinique qui arrive en tête
en France dans la production scientifique.
Qui le sait ?
Mes chers Confrères, le message
contributif que je peux apporter au cours
de cette allocution présidentielle
est simple : il faut rassembler toutes
nos forces, dynamismes et compétences,
favoriser la multidisciplinarité. Il
faut cependant respecter l'originalité
et la créativité des diverses
sociétés et la nouvelle association
de Formation Médicale Continue. Il
est indispensable cependant de mieux coordonner
nos actions, sans fédération
dirigiste : meilleur chacun sera, meilleur
nous serons tous. Ceci est la règle
d'or de l'action collective. On ne peut
avancer en divisant, sans réviser
nos concepts, sans réformer
nos organisations dans le secteur privé,
comme dans le secteur public : ensemble, nous
ne manquerons pas notre entrée dans
un XXIème siècle qui s'annonce
difficile.
mars 1999
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