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La cirrhose

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Expert : Docteur Alexandre PARIENTE
Chef de l'unité d'hépatologie - CH de Pau

Questions

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Une cirrhose c'est quoi ?

Quels sont les conséquences ?

La cirrhose est souvent synonyme d'alcool. Y a-t-il d'autres causes ?

Peut-on considérer la cirrhose comme un problème de santé publique ?

Combien de verres maximum pour échapper à la cirrhose ?

Quelles sont les circonstances qui vont amener au diagnostic de cirrhose ?

La cirrhose est-elle une maladie irréversible ?

Cirrhose et cancer du foie : y a-t-il un lien entre les deux ?

Hormis la transplantation, quels sont les traitements pour lutter contre la cirrhose du foie ?

 

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Texte de l'interview

Une cirrhose c'est quoi ?
Dr Pariente : Une cirrhose c'est une lésion du foie plus qu'une maladie, quelque chose qui nécessite pour être reconnu, un examen de l'ensemble du foie. Quand on regarde un petit fragment de foie au microscope et que ce dernier est atteint d'une cirrhose, on voit une association de fibrose c'est à dire de tissu cicatriciel qui atteint l'ensemble du foie et qui délimite, à l'intérieur du foie, des petits nodules, des petites boules qu'on appelle nodules de régénération. C'est donc une lésion qui atteint l'ensemble du foie en bouleversant son architecture : une fibrose qui entoure des nodules de régénération.

 

Quels sont les conséquences des bouleversements que vous venez de décrire ?

Dr Pariente : Les conséquences sont multiples. La première conséquence de la cirrhose c'est la perturbation de la circulation du sang à l'intérieur du foie. Le foie est un organe particulier car il reçoit du sang à la fois par une artère (comme tous les organes) mais aussi par une veine qu'on appelle pour cette raison la veine porte. Ce sang provient de l'intestin et des autres organes qui sont à l'intérieur de l'abdomen. Il doit traverser le foie pour y apporter des nutriments et également y être épuré pour rejoindre ensuite le cœur. Lorsqu'une fibrose modifie l'architecture du foie, elle gêne la circulation du sang et augmente ainsi la pression dans cette veine - c'est ce qu'on appelle l'hypertension portale. Elle favorise alors le passage du sang à travers les voies de dérivation, les voies collatérales dont beaucoup n'ont pas d'importance mais dont certaines traversent s des organes où elles peuvent être à l'origine d'hémorragies. C'est par exemple le cas de celles qui se développent dans l'œsophage et qu'on nomme varices de l'œsophage. L'hypertension portale peut favoriser aussi l'accumulation dans l'abdomen de liquide qu'on appelle de l'ascite. Enfin, le bouleversement de l'architecture du foie est la réduction de la masse des cellules nobles de cet organe qui provoque ce qu'on appelle une insuffisance hépatique avec des degrés variables : elle peut être absente en cas de cirrhose ou très faible mais elle peut être aussi très importante et déterminer ainsi de la jaunisse ou dans les cas les plus sévères entraîner un mauvais fonctionnement du cerveau quand le sang n'est pas épuré convenablement par le foie.

Pour le public, cirrhose est souvent synonyme d'alcool. Y a-t-il d'autres causes ?

Dr Pariente : Comme je vous l'ai dit, la cirrhose n'est qu'une lésion du foie, c'est la lésion à laquelle peuvent aboutir toutes les agressions diffuses du foie par un certain nombre d'agents qui déterminent les lésions chroniques, répétées, des cellules du foie. La consommation excessive d'alcool reste en France la cause principale de la cirrhose du foie mais elle n'est pas la seule cause. Notamment les hépatites virales chroniques - l'hépatite B et C - peuvent déterminer des cirrhoses du foie. Il en est ainsi de certaines maladies que l'on appelle métaboliques, c'est à dire qui concernent la transformation dans l'organisme de substances extérieures, par exemple des troubles du métabolisme du fer appelé hémochromatose qui peut entraîner une cirrhose du foie. En fait, de très nombreuses autres causes sont possibles et lorsqu'on trouve une cirrhose du foie, il est très important de savoir quelle est sa cause pour déterminer à la fois l'avenir, le pronostic et le traitement.

 

En France, peut-on considérer la cirrhose du foie comme un vrai problème de santé publique ?
Dr Pariente : Certainement. En France, on estime - mais les chiffres sont peut être imprécis - qu'environ une dizaine de milliers de décès par an sont liés soit directement à la cirrhose du foie soit à l'une de ses complications possible que constitue le cancer primitif du foie ; elle atteint un grand nombre de gens relativement jeunes - l'âge moyen des gens qui ont la forme la plus grave et qui décèdent de la cirrhose du foie, n'est que de 60 à 65 ans.

 

Soyons simples et pratiques : combien de verres maximum pour échapper à la cirrhose ?
Dr Pariente : On ne peut pas vraiment répondre à cette question parce que l'augmentation du risque de cirrhose du foie commence dès les consommations faibles d'alcool. Autrement dit, lorsqu'on boit un verre d'alcool par jour, quel que soit le type de boisson alcoolisée qu'on ingère - étant entendu que les verres contiennent à peu près la même quantité d'alcool car les verres de bière sont plus grands que les verres de vin qui sont eux-mêmes plus grands que les verres de digestif - ce verre de vin allonge probablement la vie en prévenant les maladies cardiovasculaires mais il commence à augmenter un peu le risque de cirrhose du foie. On peut admettre que le risque devient vraiment important avec une consommation de cinq à six verres par jour pour une femme et au delà de huit verres par jour chez un homme. Il faut bien sûr de nombreuses années pour développer une cirrhose du foie.

 

Quelles sont les circonstances qui vont amener à faire ce diagnostic de cirrhose ?

Dr Pariente : Ce sont des circonstances multiples. Il y a schématiquement deux choses différentes : ou bien on voit le patient non pas pour la cirrhose mais pour une maladie qui peut entraîner une cirrhose du foie par exemple une hépatite virale et là, on sait qu'on doit rechercher l'existence d'une cirrhose du foie. Dans ce cas, il n'y a pas de symptômes - on voit le patient parce qu'on a dépisté une hépatite virale - et les examens complémentaires vont chercher à savoir si oui ou non il y a déjà une cirrhose. Au contraire, on peut voir un patient d'emblée pour des complications de la cirrhose du foie : jaunisse, hémorragie digestive ou accumulation d'eau dans le ventre voire une tumeur du foie. Dans ces conditions, ce sont donc les complications de la cirrhose qui amènent au diagnostic et qui amènent aussi à chercher la cause de la maladie.

 

La cirrhose est-elle une maladie irréversible ?
Dr Pariente : C'était le dogme généralement accepté : on admettait qu'une fois qu'il existait une cirrhose du foie, la lésion ne pouvait pas guérir. En fait, on sait que lorsque la lésion est détectée suffisamment tôt dans son évolution et quand surtout on a traitement potentiellement efficace à lui opposer, la cirrhose peut régresser. Cela avait déjà été décrit il y a de nombreuses années pour les cirrhoses dues aux dépôts de fer dans le foie, l'hémochromatose puis pour certaines maladies comme l'hépatite auto-immune. Ca a été plus récemment démontré pour les hépatites chroniques virales notamment l'hépatite C. Lorsque la cirrhose est seulement découverte lors du petit prélèvement de foie que l'on fait au début du traitement et que ce dernier parvient à éradiquer le virus, on peut observer une régression de la cirrhose du foie.

 

Cirrhose et cancer du foie : y a-t-il un lien entre les deux ?
Dr Pariente : Certainement. La cirrhose du foie est la lésion qui provoque le plus souvent le développement de tumeurs qui naissent primitivement dans le foie (à distinguer des métastases qui viennent dans le foie en provenance d'autres organes). Le risque d'avoir un cancer du foie lorsqu'on est atteint d'une cirrhose est estimé à environ 3 % par année d'évolution et ce risque justifie une pratique de dépistage régulière. Celle-ci se fait essentiellement avec l'échographie répétée tous les quatre à six mois selon les cas, couplée éventuellement à une prise de sang ce qui permet dans un nombre non négligeable de cas, de dépister des petites tumeurs pouvant bénéficier d'un traitement curatif.

 

Parlons du traitement, justement. Hormis la transplantation, quelles sont les armes actuellement à votre disposition pour lutter contre la cirrhose du foie ?
Dr Pariente : Le traitement dans la cirrhose concerne sa cause et ses conséquences, mais le traitement de la cause est essentiel. En matière d'alcool par exemple, il est vital d'obtenir l'abstinence c'est à dire l'arrêt définitif de la consommation de boissons alcooliques. Quand il s'agit d'une hépatite chronique virale, il faut essayer avec les médicaments dont nous disposons actuellement, d'éradiquer l'infection virale. Quand il s'agit d'une surcharge en fer, il faut retirer le fer par des saignées. Il y a également d'autres traitements pour d'autres maladies particulières. L'essentiel reste bien le traitement de la cause parfois pour permettre la régression de la cirrhose et toujours pour éviter que la maladie ne s'aggrave. La deuxième partie du traitement est de traiter les conséquences de la cirrhose et l'on a fait des progrès considérables au cours des quinze dernières années dans le traitement des complications. On a ainsi considérablement réduit la mortalité qui était due aux hémorragies digestives à la fois au moment de l'hémorragie et ensuite pour éviter que l'hémorragie ne se reproduise. On a également des traitements efficaces pour lutter contre l'accumulation de l'eau dans le ventre et on a également, comme je vous l'ai dit, des traitements efficaces pour traiter les petites tumeurs du foie à condition qu'elles soient dépistées suffisamment tôt.

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