Texte de l'interview
Les hémorroïdes, c'est quoi exactement ?
Professeur Siprouhdis : Ce sont des structures anatomiques normales qui
siègent dans le canal anal et qui s'apparentent à des sortes de
petits coussinets d'étanchéité. Il faut savoir qu'un certain
nombre de personnes souffrent d'une inflammation ou d'une mobilité excessive
de ces petits coussinets. Et c'est souvent sous ce terme anatomique que les
gens consultent.
Si tout le monde a des hémorroïdes, c'est qu'elles doivent servir
à quelque chose ?
Professeur Siprouhdis : Les hémorroÏdes servent en fait de
coussinets, de joints d'étanchéité dans le canal anal pour
que les gens arrivent à retenir de façon très fine et faire
la différence entre gaz et selles.
Qu'est-ce qui va déclencher l'apparition de symptômes ?
Professeur Siprouhdis : De façon traditionnelle, beaucoup de facteurs
ont été impliqués dans la survenue de signes hémorroïdaires.
La liste est extrêmement longue mais quand on s'attache aux données
qui ont été clairement démontrées, il y a deux grands
cadres qui peuvent être responsables de signes hémorroïdaires
: 1) d'une part la période qui entoure l'accouchement, c'est à
dire le dernier trimestre de la grossesse et la période qui suit immédiatement
l'accouchement et 2) les troubles du transit intestinal qu'il s'agisse de constipation
ou plus fréquemment de diarrhées.
Les hémorroïdes peuvent-elles cacher une autre maladie ?
Professeur Siprouhdis : Les hémorroïdes s'expriment par des
signes que d'autres pathologies peuvent prendre également. Elles peuvent
saigner, faire mal et ces signes peuvent être en rapport avec d'autres
maladies comme le cancer ou l'inflammation de l'intestin.
Quels sont les premiers traitements à mettre en uvre lorsqu'on
a des symptômes hémorroïdaires ?
Professeur Siprouhdis : Les symptômes qui amènent à
consulter peuvent être des signes qui alarment le malade notamment la
présence de sang au moment de la selle ou des signes qui sont fréquents
ou répétitifs et gênants comme les suintements ou l'existence
de ce qu'on appelle une procidence anale, c'est à dire quelque chose
qui ressort de l'anus lorsqu'on va à la selle. Les traitements sous forme
de crème ou de suppositoires sont souvent réservés aux
périodes de crises passagères hémorroïdaires c'est
à dire de signes douloureux, de tension, de gêne qui vont durer
peu de temps durant 4, 5 ou 6 jours mais ces traitements n'ont pas d'efficacité
bien démontrée pour éviter la survenue de nouvelles crises
ou dans les formes chroniques de la maladie.
Quand faut-il envisager d'autres traitements ?
Professeur Siprouhdis : Chez les personnes qui souffrent de façon
régulière d'hémorroïdes soit sur le mode de douleurs
soit sur le mode de cette fameuse procidence soit sur le mode de saignements
et quand les symptômes sont répétitifs, on peut être
amené à proposer un traitement de fond pour éviter la survenue
de ces récidives. Ces traitements de fond se répartissent en deux
groupes : instrumentaux et chirurgicaux. Les traitements instrumentaux sont
des méthodes qui tendent à fixer les hémorroïdes à
l'intérieur du canal anal pour éviter qu'elles ne se traumatisent
lors du passage de la selle ; ces traitements peuvent être effectués
par un geste très simple à la consultation sans anesthésie.
En pratique, pouvez-vous préciser ce qu'est un traitement instrumental
?
Professeur Siprouhdis : Ces traitements se font dans le canal anal, en
introduisant un appareil qui va renforcer le tissu de soutien des hémorroïdes,
soit en injectant un produit sclérosant, soit en réalisant un
petit suçon au sommet de ces hémorroïdes c'est ce qu'on appelle
la ligature élastique.
Y a-t-il encore une place pour la chirurgie des hémorroïdes
?
Professeur Siprouhdis : On parle beaucoup de chirurgie hémorroïdaire
et pourtant elle ne s'adresse qu'à un petit nombre de gens. On peut considérer
globalement qu'environ 4 à 10 % de la population souffrent d'hémorroïde,
qu'un tiers seulement de ces patients vont consulter et parmi ceux-ci, seuls
3 à 8 % des malades se verront proposer un traitement chirurgical. Donc
c'est une infime minorité. On propose ce traitement chirurgical principalement
aux gens pour lesquels les techniques dites instrumentales ont échoué
et qui restent très gênés par leur maladie hémorroïdaire.
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